Centres d’alerte des séismes et tsunamis : La colère de Roland COURTEAU

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CONFERENCE DE PRESSE TSUNAMI

Chargé, dans le cadre d’une mission parlementaire d’une étude sur l’évaluation et la prévention des risques sismiques et de tsunamis sur les côtes françaises, le Sénateur de l’Aude Roland COURTEAU, ne décolère pas face « à la dilution des responsabilités au sein des Ministères de l’Intérieur et du Développement Durable ».
« Visiblement il n’y a pas de pilote dans l’avion et la France ne respecte pas ses engagements internationaux », insiste-t-il.

S’exprimant à titre personnel Roland COURTEAU s’explique :

Le tsunami de Sumatra du 26 décembre 2004 a choqué la Communauté Internationale non seulement parce qu’il a fait un nombre de victimes sans précédent (300.000), mais surtout parce que son caractère destructeur aurait pu être en grande partie évité si un système d’alerte aux tsunamis avait existé dans la région. Enfin, il a révélé la vulnérabilité de tous les bassins océaniques, au-delà des statistiques : au cours du 20ème siècle, les tsunamis dans l’Océan Indien ne représentent que 4 % du nombre total des tsunamis dans le monde. Pour autant, il en a suffi d’un pour balayer 300.000 vies humaines. Peut-on donc prendre le risque de ne rien faire, sous prétexte que les tsunamis seraient des phénomènes exceptionnels, dans certaines régions ?

La réponse est claire :

« En 2005, la communauté internationale a décidé que non. S’inspirant du système d’alerte et d’atténuation des effets des tsunamis mis en place dans le Pacifique, les membres de la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO ont voté la mise en place de trois nouveaux systèmes d’alerte, d’ici la fin 2007 : dans l’Atlantique du Nord-Est et la Méditerranée, dans les Caraïbes et dans l’Océan indien.

Présente dans l’ensemble de ces zones, la France est particulièrement concernée par le risque de tsunami, ce qui devrait l’amener à jouer un rôle déterminant, dans la construction d’un système d’alerte efficace. Or, la réalité est bien différente.

• En ce qui concerne le système d’alerte en Méditerranée et Atlantique Nord, la conférence intergouvernementale de Bonn qui s’est tenue du 7 au 9 février dernier a été peu glorieuse pour la France. Cette réunion dans laquelle 17 pays étaient représentés, aurait dû aboutir à la mise en place d’un ou plusieurs centres régionaux de surveillance des tsunamis capables d’informer les structures nationales chargées de la gestion d’un risque de tsunami.

Le Commissariat à l’Energie Atomique, (CEA), me paraissait tout désigné. En effet, dans le cadre du Traité d’Interdiction complète des Essais Nucléaires (TICE), le CEA a développé un réseau de surveillance sismique pour repérer une éventuelle explosion nucléaire. Par ailleurs, il s’appuie sur ce réseau pour suivre l’activité géophysique. Il a ainsi constitué des bases de données de référence pour l’aléa sismique en France et organisé un système d’alerte en cas de séisme d’une magnitude supérieure à 4. Compte tenu de ses compétences, le CEA pourrait donc parfaitement accueillir le centre de prévention des tsunamis de la zone Méditerranée et Atlantique Nord. Malheureusement, faute d’un accord au niveau ministériel sur le financement de la transformation du site en centre d’alerte, la délégation française n’a pu faire aucune proposition.

Une nouvelle réunion des pays de cette zone est prévue, en novembre prochain, au Portugal afin d’arrêter définitivement le site du centre d’alerte aux tsunamis dans cette région. Pour l’instant, le seul pays à s’être engagé de manière significative est l’Italie. Il serait, à notre avis, regrettable que, pour des raisons budgétaires insignifiantes par rapport aux enjeux, la France refuse d’assumer cette responsabilité éminente.(*)

• La situation est plus délicate encore en ce qui concerne l’engagement français dans la mise en place d’un centre d’alerte aux tsunamis pour la zone Caraïbes. Alors que la prochaine conférence intergouvernementale de coordination sur ce sujet est prévue au Venezuela du 12 au 14 mars prochain, la délégation française ne comportera aucun représentant des ministères concernés et se contentera d’une position d’écoute. En effet, la France a accumulé de graves retards dans son intégration au système d’alerte de la zone. Ainsi, faute de marégraphes fournissant des données en temps réel, elle est incapable d’envoyer des informations au futur centre de prévention des tsunamis à Porto Rico… »

Je viens de saisir, Monsieur le Premier Ministre de cette situation en lui indiquant qu’il y a grande urgence à réagir, si la France ne veut pas se retrouver isolée et sans alternative.

• Je lui précise que « si la France veut respecter ses engagements internationaux et participer à la mise en place des systèmes d’alerte en cas de tsunamis dans les zones géographiques où elle est représentée, il faut mettre un terme à la dilution des responsabilités au sein des ministères principalement concernés. Deux solutions peuvent être envisagées : soit désigner un ministère chef de file, soit créer une délégation interministérielle. Quelle que soit la solution choisie, elle ne sera efficace que si elle est accompagnée d’un budget adéquat, correspondant au coût de la mise en place des outils d’alerte, en cas de risque de tsunamis (marégraphes, bouées DART, bathymétries des zones côtières comprises entre 200 mètres et 0 mètre, installation de sirènes sur les côtes, politique de sensibilisation et d’éducation au risque de tsunami) ».

Pour conclure, je veux souligner que « jusqu’à présent, aucun état des lieux n’a été dressé sur le système actuel de prévention des tsunamis sur les côtes françaises. Par conséquent, il s’agit de l’un des objectifs de l’étude, que je conduis, et qui a été lancée par l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques sur l’évaluation et la prévention du risque de tsunami sur les côtes françaises. Je persiste donc et je présenterai, prochainement, dans mon rapport, pour chaque zone, le dispositif existant ainsi qu’une évaluation chiffrée des mesures à mettre en œuvre pour rendre ce dernier pleinement, efficace ».

(*) 2,5 millions d’euros pour la transformation du site du CEA en Centre d’alerte et 3 millions pour la maintenance.